En août, quand l'herbe reste longue dans un coin du jardin et que les nuits restent chaudes, deux parasites font parler d'eux dans mon entourage d'éleveurs : les tiques et les aoûtats. La première fois que j'ai retrouvé une tique sur l'une de mes poules, nichée juste sous l'aile, j'avoue avoir pris cela à la légère. Depuis, j'ai appris à mieux connaître ces deux parasites, à les distinguer, et à comprendre ce que mes poules leur font et ce qu'ils leur font en retour.
Tiques et aoûtats : deux parasites très différents
On les confond souvent parce qu'ils sévissent à la même période et dans le même type d'environnement : l'herbe haute, les zones semi-boisées, les haies touffues. Mais ils n'appartiennent pas du tout au même monde.
La tique, le plus souvent Ixodes ricinus en France, est un acarien qui se fixe sur la peau de son hôte, perce l'épiderme et se gorge de sang pendant plusieurs jours avant de tomber. Elle cherche l'humidité et les zones denses en végétation, et elle attend passivement son hôte en tendant ses pattes avant depuis les tiges d'herbe. Sur les poules, elle se fixe de préférence autour des yeux, à la base du bec, derrière les pattes et sous les ailes, là où la peau est fine et moins couverte de plumes.
L'aoûtat, lui, est la larve d'un autre acarien (Neotrombicula autumnalis), visible à l'oeil nu sous la forme d'un minuscule point orange. Contrairement à la tique, il ne se nourrit pas de sang mais de cellules cutanées qu'il liquéfie par injection de salive. Ses piqûres provoquent des démangeaisons intenses. Son nom vient de son pic d'activité : fin juillet, août, parfois septembre, quand la chaleur et l'humidité du soir se combinent pour créer son environnement idéal. Sur les volailles, il se loge souvent autour de la tête, des pattes et dans les zones peu emplumées.
Mes poules mangent-elles vraiment les tiques ?
C'est une question que beaucoup de jardiniers me posent, surtout depuis qu'ils entendent parler des pintades comme "chasseuses de tiques". La réalité avec les poules domestiques est plus nuancée. Oui, mes poules mangent des insectes et des arachnides en grattant le sol et en picorant dans l'herbe. Oui, il arrive qu'elles avalent des tiques qui se trouvent sur leur chemin. Mais je ne les ai jamais observées chasser activement des tiques ni réduire significativement leur population dans une zone infestée.
En pratique, les poules apportent une contribution dans le cadre de leur vie naturelle : en picorant et en grattant la surface du parcours, elles perturbent l'écosystème des parasites rampants. Mais ce n'est pas une garantie, et ce n'est surtout pas une raison de relâcher sa vigilance. Une poule qui vit en cohabitation avec d'autres animaux du jardin peut d'ailleurs rapporter des tiques d'une zone que vos chats ou vos chiens fréquentent régulièrement : les parasites circulent entre espèces sans discernement.
Les signes sur mes poules : comment je détecte le problème
Le premier réflexe, c'est l'inspection régulière. En été, je prends l'habitude d'examiner mes poules deux fois par semaine : je les maintiens doucement sous le bras et je passe les doigts à contre-plumes autour de la tête, derrière les pattes et sous les ailes. Une tique gorgée est facilement repérable : elle forme une petite boule brun-gris, bien fixée à la peau.
Pour les aoûtats, les signes sont moins directs. Je cherche des zones de peau légèrement épaissie ou croûteuse, souvent autour des yeux et sur les pattes. Une poule qui se gratte la tête de manière répétée avec les pattes ou qui secoue fréquemment la tête mérite un examen plus attentif. La difficulté, c'est que ces comportements ressemblent aussi aux signes d'une infestation de poux rouges : il faut bien identifier ce que l'on voit avant d'agir, pour ne pas traiter à côté.

Retirer une tique sur une poule : la bonne méthode
Pour les tiques, la règle est la même que pour les humains : il ne faut jamais écraser ni tordre le parasite. J'utilise un tire-tique, cet outil en forme de V que l'on glisse sous l'arachnide et que l'on fait tourner très lentement dans le sens antihoraire. Ce geste permet de décrocher la tique sans en laisser la tête dans la peau, ce qui réduit le risque d'infection secondaire.
Après l'extraction, je nettoie la zone avec un antiseptique dilué et j'observe la poule pendant quelques jours. Une rougeur persistante ou un gonflement localisé m'indique de contacter mon vétérinaire. Les maladies vectorisées par les tiques chez les volailles (notamment la borréliose aviaire) sont rares mais réelles, surtout dans les régions où les tiques sont bien présentes.
Pour les aoûtats, on ne retire rien individuellement : les larves tombent d'elles-mêmes une fois qu'elles ont terminé leur repas. L'enjeu est avant tout de soulager l'irritation et d'éviter les surinfections liées au grattage. Un nettoyage doux des zones atteintes à l'eau tiède et, si les lésions persistent, un avis vétérinaire suffisent dans la grande majorité des cas.
Ce que je fais pour le parcours et la prévention
La prévention commence à l'extérieur. Je tonds régulièrement les zones du parcours et je maintiens une bande de 50 à 60 centimètres d'herbe courte autour du poulailler. Les tiques prolifèrent dans l'herbe haute et les feuilles mortes, mais elles sont bien moins à l'aise dans un espace bien entretenu et exposé au soleil. Retourner régulièrement la litière de surface perturbe aussi les cycles de développement de toute une série de parasites rampants.
Dans le poulailler, j'assure un accès permanent au bain de poussière tout l'été. Ce geste naturel aide les poules à se débarrasser mécaniquement des parasites de surface, y compris les aoûtats. Un bac d'au moins 60 centimètres de côté, rempli de terre fine, de sable et de cendres tamisées, enrichi d'une fine couche de terre de diatomée, fait partie de mes indispensables estivaux. Je le place à l'ombre pour que les poules puissent s'y baigner même aux heures les plus chaudes.
L'été réserve souvent des surprises côté parasites. Entre les poux rouges qui profitent de la chaleur pour proliférer dans les recoins du bois et ces visiteurs venus directement du jardin, le quotidien d'une poule en plein mois d'août n'est pas de tout repos. Une inspection régulière, un entretien du parcours et quelques réflexes simples suffisent, dans la grande majorité des cas, à gérer la situation sans intervention lourde et à profiter de cette période estivale sereinement.