C'est en examinant mes poules de près, un matin de juillet, que j'ai remarqué pour la première fois ces petites choses claires qui couraient à toute vitesse à la base des plumes. Elles n'étaient pas rouges comme les poux rouges que je connaissais bien : elles vivaient directement sur les animaux, nichées au coeur du plumage. J'avais affaire aux mallophages, aussi appelés poux broyeurs ou poux de plume.
Qu'est-ce qu'un mallophage ?
Le terme "mallophage" désigne un ordre d'insectes parasites qui se distingue radicalement des poux rouges : il ne se nourrit pas de sang, mais ronge les débris de peau, les squames et la kératine des plumes. Ce mode d'alimentation explique leur nom de poux broyeurs. Plusieurs espèces peuvent toucher les poules : Menopon gallinae, Menacanthus stramineus, Goniocotes gallinae, selon la zone du corps colonisée.
Contrairement aux poux rouges, les mallophages passent toute leur vie sur l'oiseau : ils naissent sur la poule, s'y reproduisent et y meurent. Leur cycle complet dure trois à quatre semaines, et une infestation peut atteindre plusieurs centaines d'individus sur un seul animal sans que l'éleveur ne s'en aperçoive.
Comment les reconnaitre
La première caractéristique visible est la couleur : les mallophages sont clairs, blanchâtres à jaunâtres, d'où leur surnom de poux blancs. Leur taille varie de 1 à 3 mm selon l'espèce et le stade. Ils sont aplatis, allongés, et ils se déplacent très vite dès qu'on écarte les plumes et que la lumière les atteint : c'est ce mouvement rapide qui les trahit en premier.
Pour les détecter, j'écarte les plumes à contre-sens sur les zones les plus souvent touchées : la région du cloaque, sous le ventre, à l'aisselle des ailes et autour du cou. Je cherche aussi des lentes (oeufs) collées à la tige des plumes, jaunâtres et difficiles à décoller.

A ne pas confondre avec les poux rouges
La confusion entre mallophages et poux rouges est fréquente et peut conduire à un traitement inadapté. Les deux points essentiels pour les distinguer :
- Localisation : les mallophages restent sur l'oiseau en permanence ; les poux rouges se cachent dans le poulailler le jour et montent sur les poules la nuit pour se nourrir.
- Couleur : les mallophages sont clairs à tous leurs stades ; les poux rouges sont rougeâtres après un repas de sang, grisâtres à jeun.
Une inspection du poulailler la nuit à la lampe de poche, sur les perchoirs et sous les planches, vous permettra de confirmer ou non la présence de poux rouges en parallèle. Il n'est pas rare d'avoir les deux à la fois en plein été. Pour tout ce qui concerne les poux rouges, j'ai détaillé ma méthode dans mon guide lutter contre les poux rouges.
Ce que les mallophages font subir aux poules
Une infestation légère passe souvent inaperçue. Une infestation importante se manifeste par des signes bien visibles : les poules se grattent fréquemment, se brossent avec le bec, se roulent dans la poussière plus que d'habitude. Le plumage se dégrade : les plumes prennent un aspect ébarbé, cassant, parfois troué à la base. La ponte baisse et la nervosité générale augmente. Chez les animaux déjà fragilisés, une infestation non traitée peut provoquer une anémie légère.
Comment traiter efficacement
Le traitement des mallophages cible directement l'animal, pas le poulailler, puisque ces parasites ne survivent que quelques jours hors d'un hôte aviaire.
- La poudre antiparasitaire à base de pyrèthre naturel ou de perméthrine est le traitement le plus courant. On saupoudre en soulevant les plumes, en insistant sur le bas du dos, la zone cloacale et les aisselles. Il faut renouveler le traitement deux semaines plus tard pour éliminer les nymphes issues des oeufs non détruits par la première application.
- La terre de diatomée peut compléter le traitement, saupoudrée dans les bains de poussière et dans la litière. J'en détaille l'usage dans mon article sur la terre de diatomée contre les parasites du poulailler.
- Isoler les animaux fortement infestés pendant le traitement limite la propagation au reste du troupeau.
Un nettoyage soigneux de la litière et un renouvellement des zones de bain de poussière suffisent côté poulailler : pas besoin du traitement intensif réservé aux poux rouges.
Prévenir les réinfestations
L'été est la saison à risque : la chaleur accélère le cycle de reproduction des mallophages. Quelques habitudes simples réduisent nettement le risque.
- Examiner chaque poule individuellement une fois par mois, en particulier les nouvelles arrivantes avant de les introduire dans le troupeau.
- Maintenir des zones de bain de poussière sèches et bien garnies : c'est le premier moyen de défense naturel des poules contre les parasites de plumes.
- Respecter une quarantaine d'au moins dix jours pour toute nouvelle volaille.
Depuis que j'inspecte mes poules systématiquement chaque mois plutôt qu'en cas de problème visible, j'ai pu intervenir tôt et éviter que les infestations ne s'installent. Les mallophages se traitent bien quand on les repère à temps.
Pour les questions sur ce que représentent les parasites de poules pour les humains, j'ai répondu en détail dans mon article les poux de poule et l'homme.